Interview de Claude Leteurtre, membre de la mission d'information sur la grippe aviaire « Il faut raison garder » - 21.02.06
Claude Leteurtre fait partie de la mission d’information parlementaire sur la grippe aviaire qui s’est créée en octobre dernier. Le député UDF du Calvados et chirurgien, explique qu’il n’y aucun danger à manger des volailles, il considère que la baisse de la consommation enregistrée par la filière avicole, est injustifiée. Claude Leteurtre estime ainsi que toute aide aux éleveurs aurait un effet inverse en créant l’inquiétude voire la panique chez les consommateurs. Pour le député UDF, la France maîtrise la situation : le confinement des volailles décidé dans tous les départements était, selon lui, nécessaire pour se protéger du retour d’Afrique des oiseaux migrateurs.Quel message souhaitez-vous faire passer aux consommateurs ?
Il faut raison garder. On peut manger toute la volaille qu’on veut y compris les œufs. C’est une maladie animale et pas humaine, la contamination se fait à travers les fientes des oiseaux, pas en les mangeant. Il n’y a pas de divergence des experts sur cette question. Dans la pratique, un oiseau atteint du virus H5N1 meurt très vite. En France, le risque d’épizootie est limité : la surveillance sanitaire est efficace, les chasseurs notamment ont bien compris le problème, ils sont des auxiliaires efficaces des services vétérinaires.
La grippe aviaire est une maladie des oiseaux qui a toujours existé, le virus a été découvert en 1958. Il a une virulence particulière aujourd’hui mais dans les pays beaucoup moins structurés sur le plan épidémiologique que la France comme en Asie, il n’y a pas eu de catastrophe gigantesque.
Le confinement des volailles est-il une bonne mesure ?
C’est une application du principe de précaution inscrit dans la Constitution. C’est une mesure cohérente et de prudence dans la mesure où le retour d’Afrique des oiseaux migrateurs va commencer au printemps. On ne pouvait pas faire autrement. Il serait légitime que ce confinement soit appliqué au moins pendant deux mois. Cela pose cependant plusieurs questions : cette mesure sera-t-elle réellement appliquée ? Pendant combien de temps ? Sera-t-elle efficace ? Enfin, l’inconvénient du confinement, c’est qu’on crée l’inquiétude et la panique chez les gens.
Faut-il vacciner les volailles qui vivent à l’air libre ?
Pratiquement, il faut vacciner la volaille deux fois, le premier et le 21e jour. La vaccination peut être surtout un facteur de diffusion de la maladie car les volailles vaccinées risquent de devenir des porteurs sains c'est-à-dire qu’elles ont le virus mais ne sont pas malades. Le problème avec la vaccination, c’est qu’on est un peu dans le tout ou rien : il faut vacciner toutes les volailles pour que cela soit efficace, or les oiseaux migrateurs ne seront évidemment pas vaccinés. En revanche, limiter la vaccination à certains départements peut avoir valeur d’expérimentation.
La filière avicole enregistre une baisse de la consommation dans plusieurs pays européens. L’Union européenne ne devrait-elle pas soutenir les éleveurs ?
Il n’y a pas de raison objective que l’Europe aide la filière avicole car la baisse de la consommation est injustifiée. L’Union européenne a raison de ne pas céder aux phobies des consommateurs. Il faut au contraire informer les gens et les convaincre qu’il n’y a pas de danger à manger des volailles. D’ailleurs, l’Europe est prête financer des campagnes d’information. Si l’Europe aide les éleveurs, ce serait reconnaître implicitement qu’il y a un danger.
Comment voyez-vous évoluer la situation dans les prochains mois ?
Le drame c’est l’Afrique car il n’existe pas de service sanitaire efficace. Si les pays développés n’aident pas les pays en développement, on ne résoudra jamais le problème. La solidarité est nécessaire entre les pays. Concernant la France, quand les grandes migrations d’Afrique seront passées, on verra un peu plus clair.
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