Plusieurs candidats fustigent l'axe "Ségo-Sarko" de TF1
François Bayrou a été le premier, le 2 septembre 2006, à dénoncer le rôle de TF1 dans la survalorisation médiatique supposée du duel entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.
Il n'est plus seul. Depuis que le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a constaté, vendredi 5 janvier, que "certaines chaînes" de télévision traitaient la campagne présidentielle avec une "bipolarisation excessive au profit de deux candidats" - sans préciser ni le nom des chaînes ni même celui des candidats -, et surtout depuis que le directeur de l'information de TF1, Robert Namias, a expliqué au Journal du dimanche du 7 janvier la politique de sa chaîne pour la présidentielle et jugé les critiques de M. Bayrou "démagogiques", c'est un déchaînement de critiques. Contre TF1, contre le CSA et finalement contre un système de comptabilisation des temps de paroles qui ne satisfait aucun des "autres candidats".
Une critique "non fondée" selon TF1
"La critique est absolument non fondée pour TF1 car les chiffres montrent absolument le contraire. Le décompte souhaité par le CSA commence le 1er décembre, il court en terme d'équité [basée sur la représentativité du candidat] et non pas d'égalité jusqu'au dépôt des candidatures officielles
le 20 mars", a rappelé M. Namias.
Depuis le 1er décembre, François Bayrou a eu "le temps de parole le plus important" soit 11 minutes 02, devant Nicolas Sarkozy 9 mn 20, Ségolène Royal 8 mn 56, Marie-George Buffet 4 mn 06, a-t-il indiqué. "Les deux candidats accusés de bipolariser l'attention ne sont pas ceux qui ont été le plus présents sur l'antenne", a souligné M. Namias.
"Quant au temps d'antenne (temps accordé à chaque candidat au delà de son temps de parole, à travers des reportages, etc.) Ségolène Royal a bénéficié depuis le 1er décembre de 32 minutes de temps d'antenne, Nicolas Sarkozy de 23 mn, François Bayrou de 19 mn", a-t-il précisé.
La candidate communiste Marie-George Buffet a ainsi envoyé, lundi 8 janvier, une lettre à la direction de TF1 pour protester contre le "traitement inégal des candidats à la présidentielle" qu'elle juge "insupportable". Le même jour, François Bayrou a redit sur RMC-Info tout le mal qu'il pense de TF1, dénonçant le fait qu'elle aura "une prolongation de cinq ou peut-être même
dix ans de droit à émettre, sans appel d'offres ni contrepartie". Et conteste l'attribution aux chaînes du groupe d'un canal TNT gratuit. Corinne Lepage, candidate écologiste, a de son côté annoncé son intention de saisir le Conseil d'Etat afin d'obtenir du CSA de nouvelles règles sur les temps de parole.
Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ne nient pas qu'ils bénéficient d'un avantage. Jack Lang, conseiller spécial de la candidate socialiste, reconnaît ainsi qu'"effectivement, les deux grands candidats ont un meilleur temps de parole". Mais, souligne Franck Louvrier, responsable de la
communication du président de l'UMP, "ce ne sont pas eux qui imposent le rythme des invitations aux chaînes".
TF1, première visée, se défend sans tout à fait renier ses choix. Robert Namias, directeur de l'information de TF1, explique ainsi : "Nous respectons scrupuleusement les règles du CSA qui prévoient en cette période préélectorale une règle d'équité et non d'égalité." La chaîne, qui affirme
employer deux personnes à temps plein pour contrôler quotidiennement le temps de parole et d'antenne des candidats déclarés, assume les choix de la chaîne : "Nous donnons un espace politique à chacun mais tous les critères d'équité ne s'appliquent pas à tous."
TF1 a ainsi prévu trois soirées, animées par Patrick Poivre d'Arvor. Nicolas Sarkozy, le 5 février, tour à tour François Bayrou et Jean-Marie Le Pen, le 12 février, et enfin, le 19 février, Ségolène Royal s'exprimeront face à un panel de 100 Français. C'est-à-dire les quatre candidats en tête des sondages.
Depuis le 1er décembre 2006, le conseil emploie une vingtaine de personnes au contrôle des temps de parole. Ses règles prévoient qu'à compter de cette date et jusqu'au 20 mars, veille de la publication de la liste des candidats par le Conseil constitutionnel, les chaînes doivent veiller à "l'équité" entre les candidats déclarés et les candidats "présumés". Du 20 mars jusqu'à l'ouverture de la campagne le 9 avril, le CSA réclame l'équité pour toute personne dont la candidature aura été publiée au Journal officiel.
Pour autant, le CSA n'ignore pas la difficulté. Francis Beck, président du groupe de travail "pluralisme et déontologie de l'information, campagnes électorales", reconnaît que "le relevé du mois de décembre n'est pas significatif, car il existe encore une grande confusion pour les
déclarations de candidatures. Certains candidats déclarés ont été comptabilisés mais se sont ensuite désistés, comme Jean-Pierre Chevènement".
Mais la présidence du CSA ne cache pas qu'en rappelant les règles, elle souhaite avant tout éviter que "se répète la bipolarisation de 2002 entre Chirac et Jospin".
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