François Bayrou monte semaine après semaine dans les sondages, séduisant à gauche mais aussi à droite, au point de disputer la place de troisième homme à Jean-Marie Le Pen.Le président de l'UDF a fait en janvier une incontestable percée dans les enquêtes d'opinion.
Après l'IFOP, qui lui a attribué 12% d'intentions de vote au premier tour le 15 janvier puis 12,5%, BVA est monté mercredi dernier à 13% et LH2 a poussé lundi à 14%.
Dans ces quatre enquêtes, M. Bayrou devance le président du Front national.
"Il faut rester prudent mais c'est prometteur et révélateur de quelque chose qui est en train de bouger", a commenté lundi M. Bayrou, lors d'un déplacement à Nîmes.
"Il y a une solution républicaine crédible pour dépasser le simple clivage gauche-droite", a ajouté M. Bayrou. "Je suis un vote utile, protestataire (...) mais constructif", a-t-il poursuivi, estimant que "pour une élection présidentielle en avril, c'est à la fin janvier seulement que les courbes commencent à prendre un visage".
Pour François Miquet-Marty (LH2), la montée de M. Bayrou constitue "la vraie surprise" de janvier. Selon lui, le candidat centriste "fédère des publics assez larges et variés". Il séduit par sa critique des puissances médiatiques, du "duopole" Sarkozy-Royal et de la "lassitude" qu'il pourrait engendrer, et également par son "discours sur le tiers-Etat" de "promotion des faibles contre les puissants".
Mais, ajoute-t-il, il lui sera "plus difficile d'avoir des positions aussi fédératrices" lorsqu'il fera ses propositions économiques et sociales. "Il va décevoir à gauche si elles sont jugées trop libérales et à droite si elles sont trop sociales".
Et surtout, "la logique du vote utile est très très forte" et "la mémoire de 2002 peut-être un handicap" pour lui: "50% des électeurs de gauche n'ayant pas voté Jospin au premier tour déclarent regretter leur vote de 2002".
Jérôme Fourquet de l'IFOP relève également que l'électorat Bayrou est "assez composite": anciens électeurs de Jean-Pierre Chevènement, déçus du "ségolisme", électeurs UDF ne votant pas "utile" (pour Sarkozy) et "centre droit ne se reconnaissant pas dans les positions jugées trop droitières" du ministre de l'Intérieur.
Mais son électorat est parallèlement "le plus friable", rappelle M. Fourquet. Quand 50% des électeurs se déclarent sûrs de leur choix, le "noyau dur" de M. Bayrou est de 35 à 40% seulement.
Cela dit, "si l'écart se creuse avec Jean-Marie Le Pen", dissipant la menace d'un nouveau 21 avril, "cela peut libérer un espace pour François Bayrou".
De là à ce que le président de l'UDF aille au second tour, "il y a encore du chemin", relativise LH2: Sarkozy est à 31% au premier tour et Royal à 29%.
François Bayrou bénéficie du soutien d'"orphelins de la deuxième gauche", comme l'historien Jean-Pierre Rioux, ou de sociaux-démocrates, comme l'ancien président du Crédit Lyonnais Jean Peyrelevade.
Le problème est qu'en France le centre a toujours du mal à concrétiser les espoirs placés en lui, le scrutin majoritaire obligeant à choisir entre gauche et droite.
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